Le président Eloi Rossier
3 octobre 2018 ,Le président Eloi Rossier condamné pour faux dans les titres
Pour faux dans les titres, Eloi Rossier a été condamné à 20 jours-amendes avec sursis ainsi qu'à une peine pécuniaire. Sacha Bittel
Par Xavier Lambiel Nouvelliste
Justice
Le Ministère public a condamné le président de Bagnes pour faux dans les titres dans le cadre du licenciement du lanceur d'alerte Gabriel Luisier. Il fera recours.
Au téléphone, Gabriel Luisier se décrit « satisfait et soulagé». Selon le communiqué qu'ils ont eux-mêmes transmis ce mercredi à la presse, le président démocrate-chrétien Eloi Rossier et son secrétaire communal Frédéric Perraudin ont été respectivement condamnés à 20 et 15 jours-amendes avec sursis, ainsi qu'à des peines pécuniaires. Ce verdict fait suite à une plainte déposée par Gabriel Luisier, qui passe pour le lanceur d’alerte de l’affaire des constructions illicites de Verbier, et qui contestait son licenciement.
Surnommé «l’Ours», cet ancien employé de la police des constructions de Bagnes a été licencié en février 2016. A ce moment-là, six mois après les premières révélations du «Nouvelliste», l’affaire prenait une nouvelle dimension: deux experts mandatés par la commune avaient relevé une cinquantaine d’irrégularités dans les quinze dossiers qu’ils avaient analysés, et qui concernaient de luxueux chalets de Verbier. Pour eux, «un véritable système a été mis en place où tout le monde trouvait son compte».
Deux faux dans les titres
Lui aussi joint par téléphone, le procureur général adjoint Jean-Pierre Greter confirme: «Selon l’appréciation du Ministère public, les motifs du licenciement tels que communiqués par écrit à Gabriel Luisier étaient constitutifs de faux dans les titres.»
Le président et son secrétaire ont justifié la décision du Conseil communal par une réorganisation administrative. Cependant, il n’existe aucune trace écrite de pareilles mesures organisationnelles.
Par ailleurs, la lettre de licenciement affirme que l’exécutif a pris cette décision le 22 février 2016. Mais « Le Nouvelliste » a pu consulter un procès-verbal qui montre que les élus ont voté cette mesure le 10 novembre 2015. Gabriel Luisier venait de leur dénoncer le chalet du vice-président PLR François Corthay. Les propos d’Eloi Rossier sont restitués ainsi : « On a compris que plus rien ne l’arrêtera dans ses démarches. On peut craindre qu’il ne mette à exécution ses menaces, c’est-à-dire une dénonciation au Ministère public, voire à la presse. »
Le président Eloi Rossier et le secrétaire communal Frédéric Perraudin ne font pas de commentaire. Dans leur communiqué, ils « contestent vigoureusement les conclusions du procureur ». Ils annoncent déjà qu'ils recourront contre cette décision dans les dix jours. Avec cette opposition, ils s’exposent à un procès public.
