Défigurée au Funplanet
«La procureure a procrastiné, renvoyez la cause!»
«La célérité de la justice... Le cancer absolu, c'est l'absence de célérité», martèle le défenseur d'Adelina, 21 ans, celle dont la vie a basculé physiquement, psychologiquement, professionnellement lors d'une sortie scolaire au Funplanet. «L'absence du Ministère public est un scandale absolu qui mérite une sanction disciplinaire. Nous nageons en pleine négligence. Ce dossier, c'est un grand bordel.»
© 24 Heures/Chantal Dervey Le 4 mai 2012, trois des quatre prévenus, alors coadministrateurs de Funplanet posaient dans leur centre à Rennaz (VD).
Les oreilles de la procureure Myriam Bourquin ont dû siffler dès l'ouverture des débats ce lundi matin, dix petits jours avant la prescription des faits, dans une affaire où une élève valaisanne a été défigurée après avoir percuté et traversé les barrières de sécurité du karting vaudois. C'était le 18 juin 2013. La magistrate, qui a renoncé à intervenir à l'audience, entendait classer cette affaire mais elle a été désavouée par le Ministère public central, ce dernier refusant son ordonnance de classement en exigeant que les quatre prévenus soient renvoyés devant une Cour pénale.
Le grand absent, le Parquet vaudois – que ce soit nommément, celui de l'arrondissement de l'Est vaudois ou encore le Ministère public central – en a pris pour son grade. Vraisemblablement du jamais vu dans les annales judiciaires vaudoises.
«L'incurie du Ministère public»
Pour la présidente Sandrine Osojnak, impossible d'entrer enfin, sept ans après le drame, dans le vif du sujet et de commencer l'instruction . Cette dernière pouvait s'attendre à des réquisitions d'emblée, elle a été servie. Celles-ci ont animé et monopolisé la matinée d'audience. Chacun à leur tour, plus ou moins longuement, les quatre avocats des co-accusés de lésions corporelles graves par négligence se sont exprimés. Et de relever l'absence de célérité de la procureure et de lui reprocher d'avoir balayé des moyens de preuve basiques. D'insister sur «l'incurie du Ministère public, la procrastination de la procureure Myriam Bourquin, son incompétence, sa lenteur inacceptable.» Pour les quatre hommes de robe, «l'Autorité pénale n'a pas fait son travail. Elle a erré. Son instruction a été lamentable.»
L'expertise serait erronée
Tous requièrent en particulier une nouvelle expertise judiciaire, voire un complément; les auditions des fabricants des barrières de sécurité et des karts, afin de démontrer leur juste compatibilité (ou pas); d'auditionner l'auteur de l'expertise officielle dont les conclusions seraient fausses; d'entendre l'auteur d'une expertise privée.
Sur la prescription qui interviendra ce 18 juin, les défenseurs prétendent ne pas vouloir jouer la montre et vouloir privilégier un procès équitable. Tous se révoltent également contre le refus systématique de ne pas pouvoir faire valoir davantage de moyens de preuve avant la tenue du procès, contre aussi le fait que leurs clients n'aient été entendus qu'une seule fois pour certains et très tardivement.
«Ce dossier, c'est un grand bordel»
«Votre rôle Madame la Présidente, ce n'est pas de rendre un jugement bidonné, c'est de renvoyer cette cause; le Ministère public a tellement fauté. La procureure a procrastiné. Ses omissions sont gravissimes, on comprend qu'elle ne soit pas là.» Et Me Stéphane Riand d'approuver chaque mot de ce qui a été dit ici par ses confrères qui siègent de l'autre côté de la barre et auxquels il est censé se confronter.
«La célérité de la justice... Le cancer absolu, c'est l'absence de célérité», martèle le défenseur d'Adelina, 21 ans, celle dont la vie a basculé physiquement, psychologiquement, professionnellement lors d'une sortie scolaire au Funplanet. «L'absence du Ministère public est un scandale absolu qui mérite une sanction disciplinaire. Nous nageons en pleine négligence. Ce dossier, c'est un grand bordel.»
Face à ce procès brûlant dont elle hérite seule (ndlr. juge unique au Tribunal de police), la présidente Osojnak s'octroie la pause de midi pour se déterminer. Le procès va-t-il se poursuivre? Les avocats en ont appelé à plusieurs reprises à son courage, lui suggérant de contrer le Ministère public vaudois et à lui renvoyer sa copie.
Evelyne Emeri evelyne.emeri@lematin.ch