Altis Group SA 2025
14 juin 2025 , La société d’énergie Altis sauvée en urgence

VAL DE BAGNES Face à une situation de surendettement dont les causes sont encore floues, la commune a dû postposer une créance de 2,5 millions de francs pour empêcher un dépôt de bilan.
par Julien Wicky
Proche du gouffre, le groupe Altis, qui gère notamment la distribution d’électricité sur les communes de Val de Bagnes, de Bovernier et de Sembrancher, a dû bénéficier d’un sauvetage en urgence.
Actionnaire majoritaire, la commune de Val de Bagnes a dû décider de postposer – suspendre provisoirement le remboursement – certains de ses prêts à l’égard de la société pour un montant de 2,5 millions de francs. Le Conseil général en a été informé mercredi soir en séance plénière.
Jointe par téléphone, la conseillère communale chargée des finances, Mélanie Mento, explique la situation: «Lors de la remise des comptes, il a été constaté que la société était en état de surendettement. Il y avait deux choix: le dépôt de bilan ou trouver une solution pour une entreprise qui emploie 150 personnes et assure un service public pour la municipalité. La commune a donc décidé de marquer sa confiance à l’égard de la société tout en attendant, pour l’automne, des garanties et des mesures sur le rétablissement de la situation.»
Décharge refusée, mesures attendues
Pour la même raison, la décharge au conseil d’administration précédent, présidé par l’ancien président de la commune Christophe Maret, a été refusée et reportée à une assemblée extraordinaire prévue cet automne. Contacté, ce dernier n’a, pour le moment, pas souhaité faire de commentaire.
Il faut dire que l’état de la société s’est péjoré rapidement. Après un déficit de quelques dizaines de milliers de francs en 2023 qui n’était pas jugé inquiétant, le trou dépasse désormais le million et demi. Et si la commune s’engage pour 2,5 millions, c’est que le budget de cette année a aussi dû être revu et qu’il faut tenir compte d’une perte projetée d’environ 750 000 francs.
Comment en est-on arrivé là? «C’est toute la question qui doit désormais être élucidée», répond Mélanie Mento. Et de préciser que la société évoluait sans directeur financier depuis deux ans, malgré des mises au concours régulières. Nous ne sommes pas encore parvenus à joindre le directeur général d’Altis, Joël Di Natale.
Ancien conseiller communal de Bagnes, Stéphane Luisier a été nommé président du nouveau conseil d’administration. Il y représentera notamment les intérêts de la commune, car Fabien Sauthier, nouveau président de Val de Bagnes, s’est engagé à ne pas prendre part à des conseils d’administration. Nommé vendredi dernier, Stéphane Luisier nous dit que son mandat vient de commencer et qu’il ne peut donc pas répondre à nos questions à ce stade.
Circonstances floues
La rapide péjoration des finances pose nécessairement des questions, même si la volatilité du marché de l’énergie est reconnue. Surtout, le chiffre d’affaires d’Altis dépasse les 100 millions de francs. Comment une perte de 1,5 million peut donc le mettre en danger? C’est apparemment lié à sa structure: le groupe a succédé, en 2017, aux Services industriels de Bagnes et a la forme d’une holding.
Son organisation est complexe: société anonyme de droit privé avec un actionnariat public, elle chapeaute six sociétés filles de gestion de portefeuilles d’approvisionnement (SOGESA), de distribution (SEDRE), d’installations de production et aussi d’un pôle d’innovations. Val de Bagnes en est, à chaque fois, l’actionnaire majoritaire.
Altis est donc une société de services qui ne vend pas de produits, mais qui facture ses prestations à ses autres entités. Faute d’actifs, le sommet de la pyramide est donc rapidement fragilisé par la péjoration de son résultat opérationnel.
Sans pouvoir affirmer que cela est la cause des difficultés, on peut dire que le groupe s’est beaucoup diversifié ces dernières années dans un environnement ultra- concurrentiel, quitte à partir dans beaucoup de directions. Selon nos informations, des résultats de produits ou sociétés annexes dans le secteur de l’optimisation énergétique n’ont pas été au rendez-vous et grèvent en partie le résultat de groupe.
Conseil général déjà sceptique en 2023
Fin 2023, à en croire un procès-verbal du Conseil général de Val de Bagnes, la structure ne faisait déjà pas l’unanimité. Un conseiller s’exprimait ainsi à propos d’un prêt de 1,4 million à accorder à l’entreprise pour le lancement d’une nouvelle société annexe: «Malheureusement, depuis la création de la SA Altis, le Conseil général n’a plus son mot à dire sur la stratégie de l’entreprise. Nous sommes seulement sollicités pour accorder des prêts financiers.»
Le Conseil général s’y était toutefois montré favorable, notamment pour percevoir les intérêts, mais aussi pour «avoir une visibilité sur la marche des affaires». Cela n’a visiblement pas empêché la situation actuelle. Une réflexion sur la refonte de l’organigramme juridique serait désormais à l’ordre du jour.
Quant à la mesure d’urgence prise par la commune, elle a aussi pour effet de l’exposer directement, car son prêt de 2,5 millions serait le dernier à être remboursé en cas de faillite. Val de Bagnes peut toutefois se le permettre: sa marge d’autofinancement est cette année de 50 millions de francs, plus du double de ce qui était budgété. Et Val de Bagnes n’avait en réalité pas vraiment le choix: sans société active de services industriels, il n’y aurait ni eau ni électricité.
Une situation pourtant privilégiée
Il n’est pas certain que la population bagnarde, même assise sur un matelas financier plus que confortable, laisse passer cette affaire sans broncher. La commune bénéficie en effet d’une situation plutôt enviable sur le marché de l’électricité: entre la concession pour le barrage de Mauvoisin et sa participation de 2,5% dans le capital-actions des Forces motrices de Mauvoisin, elle bénéficie de plusieurs dizaines de millions de kWh à des conditions extrêmement favorables. Pionnière en la matière, la commune charge SOGESA, une filiale d’Altis dont elle est actionnaire majoritaire, de valoriser ces kWh sur le marché, c’est-à-dire en les lui vendant. Cette année, cette valorisation énergétique a rapporté plus de 6millions de francs à la commune de Val de Bagnes. SOGESA s’occupe également de l’approvisionnement pour SEDRE, une autre filiale d’Altis, qui distribue l’électricité aux clients. Or, les années compliquées sur les marchés se sont visiblement succédé pour SOGESA, qui a encore enregistré une perte en 2024, tandis que le tarif standard, à 31,7centimes le kWh, se situe dans la fourchette très haute du pays. Dans ces conditions, plusieurs citoyens nous ont déjà fait part de leur mécontentement, déplorant devoir encore jouer les pompiers.
14 juin 2025, Extrait du régistre du commerce Valais

30 mars 2019 , INTERVIEW FLORIAN HÄSSIG – PME MAGAZINE AVRIL 2019
Un de vos meilleurs souvenirs professionnels?
La période entre mon dernier emploi et l’ouverture officielle de Physio Clinics fut l’une des plus exaltante. Cinq mois furent nécessaires pour créer cette société depuis une feuille blanche. Avec le recul, nous sommes conscients d’avoir bénéficié de beaucoup de chance en prenant les bonnes options dès le début de cette aventure.
Quel autre métier auriez-vous pu (voulu) exercer?
Ayant connu un parcours scolaire assez compliqué, j’ai finalement trouvé ma voie dans les branches scientifiques. Suite de quoi je me suis naturellement dirigé vers l’ingénierie, à savoir ingénieur civil. Après une expérience de 3 ans à Berne, j’ai continué mes études à l’EPFL et définitivement quitté ce métier. Je reste convaincu que cette formation m’a beaucoup apporté durant toute ma carrière et m’a permis d’aborder toutes les problématiques professionnelles de manière pragmatique et rationnelle.
Un trait de caractère qui vous séduit ou qui vous agace?
Sans conteste, je ne supporte pas “l’avarice”! Impossible de compter un “gripsou” au sein de mon cercle d’amis ou de proches collaborateurs. Celui ou celle qui fait passer ses intérêts pécuniers ou personnels avant le reste ne pourra jamais gagner ma confiance.
Quelle a été votre plus grande erreur?
Avoir fait confiance, trop vite…. Sachant que la société que vous venez de fonder est le fruit d’un travail et d’un investissement personnel très important, vous vous imaginez que cela mérite un respect tout particulier de la part d’autrui. Nous avons vite déchanté….
Le meilleur conseil que vous avez reçu?
Je garde en tête une discussion que nous avions eu lors de la fondation de Physio Clinics, le notaire avait pris du temps pour nous expliquer l’importance de bien choisir ses partenaires commerciaux. Pour ma part, le choix du partenaire pour fonder notre société avait déjà été fait, il y a 20 ans de cela…avec mon épouse Sybille, évidemment.
Votre plus dure école de la vie?
Mes premiers mois chez Swiss Medical Network (anciennement Genolier Swiss Medical Network) furent très intenses, mais également très formateurs. La société était en pleine croissance et les projets fusaient au gré des acquisitions. La masse de travail était très élevée et les nuits étaient courtes, mais une dynamique très envoutante s’était installée au sein de l’équipe dirigeante; ce fût une période inoubliable.
Votre plus grande extravagance?
Avoir pris la décision de ne plus manger de viande à l’âge de 13 ans, c‘est-à-dire il y a bientôt 30 ans, était une décision peu banale à l’époque. Dans les années 90, il n’était pas question de véganisme ou d’antispécisme, les mentalités n’étaient pas aussi tolérantes qu’aujourd’hui.
Votre plus grand rêve?
Malgré un contexte sociétal et économique en pleine mouvance, j’espère que nous réussirons à transmettre à nos filles, Mélissa & Céleste, les valeurs essentielles que sont l’importance du travail, le respect de l’autre et la loyauté.
Quel titre mettriez-vous sur votre portrait?
“Patron au quotidien”. Être “patron” oblige de prendre des décisions au quotidien, parfois impopulaires, non pas pour son bénéfice personnel, mais pour l’intérêt commun de l’entreprise et de ses patients. Certains l’oublient parfois…
La personnalité avec qui vous aimeriez dîner ?
Sans nul doute, Barack Obama! Ce monsieur a largement marqué de manière positive l’histoire des Etats-Unis et du reste monde. Son charisme et son parcours en font un leader politique incontesté, avec lequel j’adorerai pouvoir échanger.
Votre équipe Physio Clinics
13 juin 2025 , Une faillite évitée de justesse pour Altis

son directeur s’explique
Le distributeur d’énergie Altis a frôlé la banqueroute. Pour éviter le dépôt de bilan, son principal actionnaire, la commune de Val de Bagnes, a accepté de postposer un prêt de 2,5 millions de francs. Un nouveau conseil d’administration a été nommé pour reprendre la main.
Fondé en 2017 sur les bases des Services industriels de Bagnes, Altis Groupe SA est devenu en moins de dix ans un conglomérat régional multiservice. Il chapeaute aujourd’hui plusieurs entités : SEDRE SA, SOGESA, GECAL SA, EVB SA et BlueArk Entremont SA. Tous avec comme actionnaire majoritaire, la commune de Val de Bagnes. À travers elles, le groupe couvre des secteurs aussi variés que l’électricité, l’eau potable, le chauffage à distance, les bornes de recharge ou encore le photovoltaïque. Son périmètre s’est étendu bien au-delà de la commune, avec des projets dans tout le Valais romand. L’effectif a crû rapidement : d’environ 100 personnes en 2016, Altis en comptait plus de 150 fin 2024.
Mais cette croissance a masqué une réalité financière plus trouble. Selon son directeur général, Joël di Natale, le groupe était bel et bien en difficulté au sens du Code des obligations.
Les causes sont multiples. En tête, l’explosion des prix de l’énergie d’ajustement, qui a alourdi les charges de l’entreprise. Plusieurs investissements stratégiques se sont aussi révélés décevants, à l’image d’IRIS, une plateforme numérique censée permettre une gestion collective de la consommation énergétique. Prévue comme vitrine digitale du groupe, elle n’a pas rencontré le succès espéré.
L’assemblée générale comme garde-fou
Le vendredi 6 juin, lors de l’assemblée générale ordinaire, la commune de Val de Bagnes, actionnaire majoritaire, a accepté de postposer un prêt de 2,5 millions de francs accordé à Altis Groupe SA. Concrètement, l’entreprise n’a plus à rembourser cette somme dans l’immédiat, ce qui lui permet d’honorer ses obligations pour 2024 et 2025. En parallèle, un nouveau conseil d’administration a été élu, avec Stéphane Luisier à sa tête, chargé d’analyser la situation et de proposer une nouvelle feuille de route. L’assemblée a aussi décidé de suspendre temporairement la décharge à l’ancien conseil d’administration, dans l’attente de conclusions attendues cet automne.
Côté finances, Joël di Natale nie tout gel généralisé des salaires, comme cela a pu être affirmé. Il confirme en revanche la suppression des primes indexées sur la performance globale. Une décision conforme au règlement d’entreprise.
Sur le terrain, certains projets jugés non essentiels ont été ralentis, voire abandonnés, notamment dans le secteur du développement numérique. À l’inverse, les investissements dans les réseaux et la gestion de portefeuille énergétique ont été maintenus, voire renforcés. Selon le directeur, ce recentrage vise à stabiliser les fondations du groupe tout en conservant une capacité d’action sur ses métiers de base.
La crise n’a pas été que financière. Elle a aussi été humaine. "Ce qui me fait le plus mal aujourd’hui, c’est de voir mes collaborateurs affectés par cette situation", confie Joël di Natale. Il décrit une fatigue perceptible dans les équipes, pourtant restées mobilisées malgré l’instabilité.
La suite
Le directeur général assure que la direction a entamé une réflexion stratégique, en lien avec le nouveau conseil d’administration. Il appelle à une lecture collective des responsabilités : "La stratégie est désormais du ressort du conseil, ce n’est pas à moi seul d’en juger les fondements." Les premières réunions ont déjà eu lieu. Les budgets 2026 devront être finalisés d’ici à l’automne.
Altis est donc entré dans une phase de reconstruction. Sauvé par la commune, le groupe devra désormais regagner la confiance de ses employés, de ses partenaires et des citoyens. Une opération redressement qui commence sous surveillance.
