Episode 26 : L’agent de communication

12 août 2020 Stéphane Riand

Affaire de drogue dans le Valais central: ce qui est reproché aux garagistes et au policier Par Gilles Berreau

Chaque année, le Valais enquête sur de nombreux trafics de stupéfiants de ce genre. 

L'affaire du Valais central trouve son originalité dans l'implication de deux hommes engagés en politique, dont un policier. Le Nouvelliste SA / Sacha Bittel

Par Gilles Berreau
  

Enquête 

Les garagistes et le policier impliqués dans une affaire de drogue dans le Valais central sont toujours détenus. L’enquête se concentre sur trois types d’infractions.
Les deux garagistes et le policier impliqués dans l’affaire de drogue qui secoue le Valais central ces dernières semaines sont toujours derrière les barreaux et au centre des attentions des enquêteurs. Leur détention doit éviter qu’ils puissent accorder leurs violons lors de cette enquête visant une quinzaine de personnes sur fond de trafic de cocaïne.

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Les premières investigations permettent de cerner l’importance de ce dossier. Loin d’être anodin, ce trafic ne semble pourtant pas sortir du cours ordinaire de la vie judiciaire valaisanne. «Quelques personnes sont encore détenues en prison préventive. Des affaires comme celle-ci, nous en avons plusieurs par années», commente le premier procureur du Valais central, Olivier Elsig.

Les garagistes

Interrogé sur les nombreuses rumeurs de trafic d’armes et de voitures, de viol ou encore de proxénétisme, le parquet valaisan les infirme. A l’heure actuelle, l’enquête vise trois autres infractions.

«Deux garagistes sont suspectés d’infraction grave à la loi fédérale sur les stupéfiants, ainsi que d’instigation à violation du secret de fonction», indique Olivier Elsig, en rappelant la présomption d’innocence.

Pour que le cas soit grave, il suffit que la quantité de coke pure atteigne les 18 grammes, une limite franchie dans de nombreux dossiers judiciaires. «Une violation grave de la loi, c’est un an de prison minimum, si les faits sont établis», précise Olivier Elsig.

L’inspecteur de police

L’affaire n’en demeure pas moins exceptionnelle, car elle implique un policier, «suspecté de violation du secret de fonction», indique le Ministère public. A ce stade de l’enquête, ce Fulliérain n’apparaît pas comme étant impliqué directement dans le trafic de drogue. Son rôle se serait limité à fournir des informations et son mobile reste à préciser.

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La police cantonale indique qu’«il est rare que des policiers soient suspectés de violation du secret de fonction. Les cas constatés par le passé ont concerné des cas de peu de gravité commis par négligence».

Conséquences politiques

Le dossier prend un relief encore plus particulier, car cet inspecteur est un élu du Conseil général de Fully. Ce démocrate-chrétien ne se représentera pas cet automne, même s’il figure, aux côtés des autres élus de la législature actuelle, dans la publicité électorale distribuée récemment par son parti.

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En outre, rappelons que l’un des deux garagistes sous enquête était candidat pour la première fois sur la liste du PDC pour le Conseil général de Vétroz. Là aussi, son aspiration à une carrière politique a vite tourné court à l’annonce de son arrestation.

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Les clients

Bien entendu, l’enquête s’intéresse aussi aux clients de ce réseau de vente de drogue. La rumeur évoque des noms de personnalités qui auraient franchi la ligne blanche. Du côté des enquêteurs, on n’exclut pas que la liste puisse comporter des noms connus. Mais ces consommateurs risquent une amende de quelques centaines de francs. En effet, la consommation simple de drogues autres que les dérivés du chanvre, qui font quant à eux l’objet de dispositions particulières, est punie par une contravention.

En Valais, le montant de l’amende est fixé en fonction de la situation du consommateur, des quantités constatées, mais aussi d’une éventuelle récidive.

Analyse de Stéphane Riand

Gilles Berreau, qui dispose d’une carte de presse, est rémunéré par le groupe de presse qui édite Le Nouvelliste. Sa qualité principale est d’avoir ses entrées auprès du ministère public. Au fil des ans, il est devenu, tous les avocats pénalistes le savent, l’agent de communication de certains procureurs et celui d’avocats qui lui procurent au  gré de leurs fantaisies multiples des sources d’approvisionnement en informations distillées avec plus ou moins de soin au gré des circonstances et, surtout, selon leurs intérêts.

Doté de ces renseignements, le lecteur du NF lira avec une grande attention l’article du jour de ce « chroniqueur judiciaire » recyclé dans la communication publique financée partiellement par la publicité commerciale : « Affaire de drogue dans le Valais central: ce qui est reproché aux garagistes et au policier ».

Après avoir compris qu’il n’est pas reproché aux garagistes détenus et au policier d’être des violeurs impénitents, ni des trafiquants d’armes, le lecteur aura saisi qu’il ne s’agit presque que d’une affaire anodine de drogue, comme il y en a plusieurs en Valais depuis des années. Le Valaisan semble donc friand de cocaïne et de marijuana.

On aura aussi saisi que le caractère anodin est doté d’une certaine gravité puisqu’il semblerait que la peine minimale d’emprisonnement pour un cas grave est à tout le moins d’un an d’emprisonnement.

Mais l’essentiel est ailleurs.

Le Nouvelliste informe déjà la population, trop saisie par la rumeur, que l’affaire à la fin des temps se limitera à devoir juger publiquement deux garagistes et un policier, le solde des participants, y compris quelques célébrités locales n’appartenant qu’à ces pauvres consommateurs peu sûrs d’eux et devant sniffer pour acquérir quelque consistance en société. Ces gens-là se volatiliseront donc dans les papiers judiciaires de l’indifférence et, oubliés de tout un chacun, continueront à fumer, à sniffer et à paraître.

Le lecteur un peu attentif aux modalités rédactionnelles silencieuses aura aussi saisi entre les lignes que les partenaires d’affaires, surtout dans le champ immobilier, n’auront probablement pas même été inquiétés. On devine que la Brigade financière n’aura guère perdu de temps à prendre connaissance des états comptables de tout ce beau monde. En fait, pourquoi donc irait-on regarder dans les finances de solides prédateurs valaisans de chez nous ? On devine également que ceux-ci n’auront pas  même bénéficié des joies d’une expertise fiscale que l’on réserve à ceux qui exercent trop bien leur liberté de ne pas penser sur un mode exclusivement orange.

Oui, vous avez raison, il y a un peu de mauvaise foi dans la précédente phrase. Mais, je vous rassure, beaucoup moins que dans l’esprit de ces faux journalistes d’investigation qui préfèrent ne pas chercher, ne pas poser les questions qui fâchent et se contenter d’apprécier en observateur extérieur la qualité des rares informations obtenus à force de cafés et de goûters avec les gens de la Rue des Vergers.

Le curieux de cette séquence est le fait, et j’en ai reçu la confirmation cette semaine de la bouche même de deux fonctionnaires de police, que les policiers de l’Avenue de France, extérieurs à la Brigade des stupéfiants, sont bien moins informés de cette procédure anodine que Gilles Berreau et que L’1Dex. Cela n’est pas une bonne nouvelle, parce que je crois que l’échange d’informations assez complètes à l’intérieur de la Police cantonale est de nature à provoquer la transmission d’autres informations émanant d’autres personnes, pouvant déboucher sur des résultats non anodins. Il semblerait que la voie choisie, un brin paranoïaque, consiste à vouloir limiter les personnes ayant accès aux informations qui comptent. Ce choix a naturellement sa source dans le fait qu’un policier a failli. Mais je crois qu’un policier doit faire confiance à un policier et qu’un citoyen peut aussi penser qu’un policier peut être utile à la vie de tous, notamment en récoltant sans le savoir des informations à travers la Cité qui contribueront à faciliter la tâche des policiers appartenant à la Brigade des stupéfiants. On peut aussi penser que ce mode de conservation secrète des renseignements à l’intérieur même des bureaux de l’Avenue de France est destinée à protéger de solides Valaisans cocaïnomanes notoires dont on ne voudrait pas que les identités soient rendues publiques dans les cafés, sur les trottoirs et dans quelques résidences privées, de Verbier ou de Crans-Montana.

La lutte contre les trafiquants de stupéfiants, contre les blanchisseurs d’oseille et contre les consommateurs riches ou bling bling qui financent par la grâce de leurs ressources des criminels n’est pas que l’affaire de la Brigade des stupéfiants. Elle est aussi, me semble-t-il, un peu la nôtre.

Un dernier mot pour m’étonner une fois encore qu’aucun bulletin officiel d’information n’ait été rédigé par le ministère public ou par la police dans ce dossier du « Gang des Valeskovars », alors même que ces communiqués, en des temps rapprochés, fleurissaient comme outils de communication du bon travail réalisé par les institutions judiciaire et policière. On va espérer que ce n’est pas la déficience du travail réalisé qui dicte cette conduite aujourd’hui.

L’avenir nous le dira.
Bonjour à tous ceux qui savent et se taisent.