Episode 2 : Patatras
JUSTICE. LE GANG DES VALESKOVARS : PATATRAS !
11 juillet 2020 Par Stéphane Riand
I The beginning
Comment la police a-t-elle eu à l’origine des informations sur le gang des Valeskovars ? La vraie réponse à cette question, personne ne le saura jamais. Certains imagineront qu’un consommateur en manque aura cafté; d’autres, qu’un policier plus curieux que les autres se sera étonné du train de vie de quelques protagonistes; quelques-uns parieront sur la qualité des écoutes téléphoniques dans d’autres affaires de stupéfiants; si l’on était aux Etats-Unis, on aurait pu imaginer un deal entre un vrai méchant et le parquet, mais tel ne peut pas être le cas chez nous.
Si l’on ignore la réponse à la question, on sait en revanche dans quel lieu de la capitale, un procureur a décidé de mettre le feu à la poudre. C’est très exactement ici :
II Perquisitions
Et un jour, après des hésitations et des concertations, la police qui avait l’oeil sur ces cibles, forte de l’accord de la Rue des Vergers, débarqua simultanément dans plusieurs lieux. Certains fonctionnaires de police utilisèrent les véhicules de service, d’autres, plus écologiques, allèrent à pied changer le destin de plusieurs hommes.
III Arrestations
La bande de délinquants, tous présumés innocents, fut amenée à l’Avenue de France, pour leurs interrogatoires et pour la prise de leurs empreintes et de leur identité ADN.
IV Détention
La prise étant particulièrement très grosse, les policiers savaient que leurs proies ne seraient pas de sitôt libérées, en dépit des efforts des avocats. Toutes les conditions de la détention préventive étaient réunies : gravité des infractions, risque de fuite, risque de collusion, risque de réitération.
Sur le vu du nombre de coquins embastillés, il est recommandé aux avocats ayant le souci de provoquer de légitimes mises en détention préventive, de patienter un moment, car les procureurs, assez souvent, renoncent à ces mesures de coercition, prétextant un nombre de places réduit. Tel ne semble pas avoir été le cas pour l’affaire du gang des Valeskovars.
V Interrogatoires
Les interrogatoires sont usuellement menés par deux policiers; l’un est chargé de la dactylographie des déclarations, le second affûte les questions déjà bien préparées. Certains interrogatoires se déroulent dans la plus parfaite convivialité; il arrive en effet quelquefois que policiers et prévenus se respectent vraiment, chacun comprenant la fonction de l’autre. A d’autres occasions, le climat est plus tendu, surtout si les policiers ne sont pas sûrs de la route suivie, ou si les prévenus se sentant subitement pris dans un filet inextricable déchargent leur angoisse en adoptant des comportements violents ou étranges.
VI Avocats
Chaque prévenu doit être assisté d’un avocat différent. Celui-ci peut être choisi; à défaut, il sera désigné d’office par le ministère public, qui peut s’appuyer sur la permanence des avocats organisée par le Barreau valaisan. Les policiers peuvent aussi appeler les avocats disponibles. Les prévenus ne savent pas toujours que les avocats sont quasiment désignés par les procureurs, lesquels peuvent préférer parfois des mollachons ou des mous du collier.
VII Pénitencier
Après une dure journée d’auditions, le prévenu dormira en prison, qui aux Iles, qui à Martigny, qui à Brigue, qui à la Rue de Conthey. Les gardiens auront à coeur de ne pas permettre de rencontres entre les prisonniers d’une même affaire.
VIII Cellules
De la première nuit en prison rares sont ceux qui en gardent un souvenir impérissable. Ceux-là ne pourront s’en prendre aux gardiens, ni aux policiers les accompagnant jusqu’à l’entrée. Très souvent, ils seront, sans le savoir, en colère contre eux-mêmes, devinant que leur vie de demain ne sera plus guère à l’image de celle de hier.
IX Complices
Les complices qui auront été épargnés par la rafle ne pourront guère songer à faire évader leurs anciens compagnous. La prison est en effet un lieu protégé; il est peu facile d’y accéder, la zone pénitentiaire était très surveillée, notamment par l’appui de caméras de sécurité.
X Visites
Lors de la phase de l’enquête préliminaire, qui peut durer assez longtemps, les visites sont pratiquement interdites, sauf pour l’avocat qui sera la personne de référence entre le monde extérieur et la prison. Les amis et les proches, s’ils s’aventurent près du lieu de détention, ne verront que du gris, des grillages, du gris et encore des grillages.
XI Poursuites
Certains détenus, au moment même où ils entrent en prison, savent qu’ils ne pourront éviter d’immenses problèmes financiers, qui seront rapidement gérés par l’office des poursuites et faillites de leur lieu de domicile. Leurs biens pourront être saisis avant même tout jugement, dans la mesure notamment où ils n’obtiendront pendant de longs mois aucune rémunération, leurs réserves ne leur permettant peut-être pas de face à tous leurs frais. Les avocats savent eux qu’ils seront rémunérés par l’Etat du Valais si leurs clients sont insolvables. On devine ici que certains avocats sont privilégiés par rapport à d’autres. Mieux vaut donc ne pas être trop entreprenant dans la défense de certains individus. Il y a deux jours à peine, un ancien accusé, ayant purgé sa peine, s’étonnait que les premières paroles de son défendeur furent : « des gens comme vous, je n’aime pas les défendre, mais je gagne ma vie comme cela ». Oui, c’est vrai, il y a avocat et avocat.
XII Procureur
Le procureur pourra, à sa guise ou selon les besoins de la police, organiser à la Rue des Vergers, n° 7, des confrontations ou de simples séances d’interrogatoires. Il y organisera régulièrement des rencontres avec les policiers chargés de l’enquête.
Les prévenus ne détestent pas ces séances, car ils peuvent alors, pendant un instant, apprécier les couleurs du ciel au-dessus de l’ancienne bibliothèque cantonale.
XIII A charge
Le procureur doit instruire à charge et à décharge. Mais, dès le premier jour de détention, le magistrat aura surtout le dossier de conforter sa décision initiale d’incarcération.
La présomption d’innocence devient ici un syntagme hypothétique utile seulement pour les poètes du droit. GSK, par exemple, étant présumé innocent au moment où toutes les caméras se sont braquées sur celui lors de son arrestation. Avant de se suicider, Jefferey Epstein était aussi innocent aux yeux de la loi.
XIV Sandwiches
Si les séances au ministère public durent trop longtemps, policiers et magistrats savent se partager un sandwich. Il n’est pas certain que les prévenus, toujours présumés innocents, bénéficient du même privilège.
XV Jugement
Le dossier du gang des Valeskovars ne s’épuisera pas dans une ordonnance de classement, ni dans une ordonnance pénale. Un acte d’accusation devra être dressé et les membres du gang seront amenés par devant le Tribunal d’arrondissement du Valais central. Trois juges de districts fixeront leur destin. Ils pourraient, de prévenus présumés innocents, passés à celui d’inculpés, puis d’accusés, puis de condamnés.
L’avenir, que l’on espère rapproché, dira si cette affaire sera jugé avant ou après celle des constructions illicites de Verbier, qui a débuté dans la presse à la mi-août 2015, et qui n’a pas même fait l’objet d’un acte d’accusation.
XVI Prononcé
Devant la presse nationale, peut-être même internationale, qui sait, les membres du gang des Valeskovars devront se lever et écouteront, qu’ils le veuillent ou non, la sentence qui sera rendue. En cas de condamnation, ils pourront faire appel, puis déposer un recours au Tribunal fédéral, avant de devoir subir, en cas de sanction à une peine d’emprisonnement, leur détention, peut-être dans les établissements de la Plaine de l’Orbe. Les plus chanceux bénéficieront des faveurs de Crêtelongue, où, m’a dit il y a deux jours un ancien prisonnier, règnent en vrais maîtres des Albanais, qui savent distiller de la bonne dope à ceux qui en ont les moyens. Mais peut-être ne s’agit-il que de médisance …
XVII Ciel
Les prisonniers rêvent déjà de verdure et de ciel bleu. Ils comptent les jours. Les repentis regrettent leurs actes; les plus pervers comprennent que la loi les a rattrapés. Les plus lâches invoqueront la faute de leurs camarades d’infortune. Il y en aura peut-être un qui se dira à lui-même : je l’ai bien mérité. Je vais purger ma peine, avouer tous mes fofaits et espérer une juste condamnation assortie d’un brin de clémence, peut-être méritée.
Bonjour à tous les vrais repentis ! (1)
(1) A Verbier, y en-a-t-il au moins un ?