Episode 15 : Abasourdi
Le cancer de la justice, ai-je pointé depuis très longtemps, est la durée des procédures. Il est fait ici référence au temps procédural. Mais, je dois l’avouer, je suis proprement abasourdi par le temps de l’enquête dans le champ du trafic des stupéfiants.
Toutefois, avant de fixer l’origine de mon étonnement sans limite, je veux bien dire ce que comprend chaque citoyen. Une enquête dans le champ du trafic des stupéfiants, plus que dans bien d’autres, est très ardue, nécessite de la patience, des recoupements, de multiples vérifications, des écoutes téléphoniques, des filatures, des vérifications comptables et financières, parfois même des expertises techniques, des analyses chimiques ou des commissions rogatoires. On imagine aussi que ces investigations incluent des rapports avec d’autres sections, d’autres cantons, la police fédérale ou les services du procureur de la Confédération. Le citoyen comprend dès lors qu’il faut du temps, parfois beaucoup de temps.
Mais …
Dans le cas désigné sous les termes du « Gang des Valeskovars », la police de chez nous, la police cantonale, disons plus exactement les membres de la Brigade des stupéfiants, sont informés des soupçons pesant sur des personnes d’origine valaisanne et d’origine balkanique, clairement nommées et désignées, depuis le 24 septembre 2012. Le vingt-quatre septembre de l’an deux mille douze. Depuis huit ans. Huit années.
Alors, le citoyen aimerait comprendre : que s’est-il réellement passé depuis le 24 septembre 2012 jusqu’à aujourd’hui ? (1)
Cet épisode ne sera pas long, car il ne s’agit pas de décortiquer ce qui a été fait, ce qui n’a pas été fait, les moyens qui ont été mis en oeuvre, les ressources humaines détachées, le nombre d’écoutes téléphoniques ou de filatures, et tout le bataclan qui va avec.
Non, il s’agit simplement d’exprimer une certitude personnelle, valant à mon sens explication de la chose et de beaucoup d’autres choses, fondée sur une longue expérience : le Valais n’a pas de politique criminelle. Par conséquent, les priorités ne sont pas définies, les ressources ne sont pas cliniquement distribuées et la délinquance se joue, dans les territoires qu’elle occupe, des obstacles qu’elle ne doit pas affronter, car ces obstacles n’existent pas, n’ayant pas été déployés.
La politique criminelle est de la compétence du procureur général.
Mais, il semblerait que ce ne soit pas très important de disposer d’une politique criminelle stratégiquement définie.
Par conséquent, il ne faut pas s’inquiéter; des informations communiquées aujourd’hui à la police seront traitées plus ou moins efficacement … en 2028.
Tel est, à peine caricaturé, le fonctionnement de la justice pénale en Valais en 2020.
Post Scriptum : un ancien policier, qui connaît très bien la maison et le domaine des stupéfiants, a été interrogé par L’1Dex : « Pourquoi une telle lenteur ? ». Sa réponse n’a pas tardé : « vous connaissez la lenteur de la police et de la justice ». Il faut ici rappeler que la direction de la procédure est de la seule compétence du ministère public.