Crunch
En huit ans, même avec une Brigade des stupéfiants limitée en ressources humaines, on peut en faire des choses. On peut en initier, aussi, et faire part de ses suggestions à la hiérarchie, qui peut affecter des policiers à un dossier important, s’il en va de la sécurité de la population, du respect du droit et de l’importance du trafic.
Qu’a-t-on nécessairement réalisé en huit ans si l’on est un corps d’Etat compétent, motivé et entreprenant ?
- des enquêtes sur le terrain, incluant la visite de ces lieux de perdition, de plaisir, de joie ou de dévergondage, dans lesquels il est facile, m’assure-t-on, de dénicher de la bonne coke et de passer ainsi une soirée de bonheur, de réussite et de recherche active de son destin. Ce policier de terrain humera l’ambiance de ces bars, discothèques et autres établissements peu regardants sur les fréquentations du lieu; tel autre profitera de la soirée pour se reposer, avant de filer au petit matin, pour suivre en catimini quelques caïds, quelques trafiquants déjà dénoncés, pour comprendre aussi la nature exacte des relations nouées entre ces personnes, supposées moins innocentes que d’autres;
- des vérifications comptables et fiscales étendues; on ose espérer qu’en huit longues années, quelques-uns des suspects, ceux qui paraissent brasser plus de pognon que d’autres, auront fait l’objet de contrôles fiscaux ciblés, ceux-ci pouvant venir confirmer des informations déjà obtenues avec d’autres à assimiler;
- on espère que les directeurs de la procédure auront pu croiser les renseignements obtenus par divers services, sections ou brigades. Par exemple, l’activité de la Brigade des stupéfiants est dans le quotidien très différente de celles des hommes appartenant à la Brigade financière. Pourtant, le croisement des informations découlant du terrain avec celles pouvant être obtenues à travers des contrôles bancaires ou fiscaux, liés notamment au train de vie de quelques-uns, peut être un élément clef vers la découverte de la vérité;
- les prédateurs, promoteurs, investisseurs et hommes d’affaires entourant régulièrement les suspects auront fait l’objet de vraies analyses financières, avec vérifications bancaires discrètes, permettant enfin aux enquêteurs de déterminer ou d’exclure des canaux de blanchiment éventuels;
- auront été aussi analysées les questions liées aux divers moyens de transports de la blanche. La Suisse ne peut échapper aux mêmes constatations provenant des pays voisins, lesquelles incluent les possibilités suivants : a) par voitures privées; b) par taxi; c) par avions privés; d) par voie postale directe; e) à travers des mules; e) par transports maritimes à travers des containers; f) par implants mammaires; g) par go fast routiers, soit par de grosses cylindrées qui roulent en convoi à plus de 200 kms/h, quitte à forcer les barrages;
- auront peut-être même été découpées, par le hasard de fouilles aléatoires, quelques plaques de chocolat, soigneusement fourrées non par d’amendes, de miel ou de kirsch, mais d’une substance que le laboratoire cantonale ou l’institut de médecine légal aura peut-être méticuleusement évalué;
- etc.
En fait, une Brigade des stupéfiants motivée se sera fait un honneur, sur la base de renseignements fiables obtenus sur le terrain, de valider toutes ces hypothèses, dans le but notamment d’éviter de s’en prendre à des moucherons. Et surtout, une enquête bien menée, même sur huit ans, deux législatures politiques en somme, est une formidable carotte pour ces policiers qui savent que d’aucuns ne les encouragent plus à faire bien leur travail, car ils savent que les services de police tentent d’assécher un océan avec une cuillère. Pourtant lorsque la prise peut être alléchante, le citoyen imagine mal un policier s’abandonner à la mollesse et à l’approximation.
Le citoyen peut accepter que les tentatives d’éclaircissements portant sur les soupçons échouent; il n’admettrait pas, me semble-t-il, que la direction de la procédure n’ait pas entreprise les mesures décrites plus haut. Si tel était le cas, le législateur serait dans le devoir d’informer la population, après une enquête fouillée, et d’imposer des changements majeurs, et non cosmétiques, à la tête du département de la sécurité et des institutions et à la tête du ministère public cantonal.
Illustration : une plaque de la marque Crunch de Nestlé achetée par hasard par l’auteur en Catalogne, le 25 juillet 2020, et une autre, de la même marque, achetée on ne sait où, par dieu sait qui, pour livrer une substance interdite en Valais, à la qualité indéterminée